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Entretien avec Stéphane Marguerite

Par Jérôme Royo

Dernière mise jour de l'article : 30 janvier 2008.



Grand retour, retour d’un Grand

Ils sont rares les lanceurs qui dans le petit monde du boomerang sont connus aussi bien par les passionnés que par les pratiquants occasionnels. Son nom et son prénom sont gravés et sérigraphiés plusieurs milliers de fois sur le polypropylène et la fibre de carbone. Dans ce passage à tabac, je vais tenter de faire cracher le morceau à Stéphane Marguerite.

Jay : C’est quoi ton pedigree mon garçon ?

Stéphane : Je suis né à Laval en 1966 et j’ai commencé le boom en 1981 après avoir assisté à une démonstration effectuée par mon tonton Luc Cormier, jeune membre du Vol au vent Lavallois. Premier tournoi en 1983 chez nos amis de la Pérouse à Bièvres. En 1993 création de mon entreprise Wallaby boomerangs.

Jay : Pourquoi ce retour en France ? On m’a dit que tu avais hâte de payer ta cotisation à FBA, de recevoir la news avec ses articles géniaux et que Didier Bonin te manquait ? Alors, réponds ?

Stéphane : Plusieurs facteurs ont contribué à mon retour chez les Gaulois. J’ai acquis une expérience de vie nord-américaine non négligeable au niveau professionnel et social en quatorze années de vie au Québec. Ma vie étant concentrée maintenant autour du développement de Wallaby boomerangs, le travail que j’ai effectué là-bas a porté ses fruits. Sans abandonner ma production outre-atlantique j’ai décidé qu’il était temps pour moi de revenir aux sources et particulièrement améliorer ma qualité de vie en résidant en campagne dans un climat plus clément et sur le plan professionnel s’établir dans un milieu plus porteur et potentiellement plus attractif. Il y a beaucoup de travail à réaliser en Europe et j’adore le défi.

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Jay : Tu peux nous parler de cette histoire avec LMI et Fox et de ton fameux boomerang, çà s’est passé comment ?

Stéphane :J’ai rencontré Patrice au salon de la Maquette en 1986 et voyant qu’il commercialisait à l’époque un modèle en Plastique de Jabet, je lui ai parlé de mon projet futur de produire moi-même un boomerang. J’ai donc réalisé mon prototype et après plusieurs essais et tests, nous nous sommes entendus pour le commercialiser et faire la promotion à une échelle plus grande en 1987. Je l’ai introduit au monde discret et marginal de la compétition et depuis ce temps notre association continue, plus amicale avant tout que business. Je suis toujours content de voir que beaucoup de lanceurs ont appris à lancer avec mon modèle. C’est très flatteur et malgré l’arrivée des multipales, il a encore sa place dans les magasins.

Jay : Tu ne rates jamais une coupe du monde, tu les as toutes faites et tu as toujours autant de plaisir à partager l’émulation de ses moments et tu as toujours le sourire ? T’as un secret ? Allez, avoue qu’on en finisse…

Stéphane : Le boomerang m’a tellement apporté que cette passion dure encore aujourd’hui. Je voyage beaucoup, j’ai des amis partout dans le monde et bien que cela fasse maintenant 23 ans que je lance, je me sens très fier d’appartenir à ce petit groupe. Chaque fois que j’ai l’occasion de parler de ma passion, de ma profession, de mon sport, je me sens privilégié. Je pense que le côté marginal de cette discipline, qui en 2004 reste encore bien méconnue avec beaucoup de préjugés, me donne une motivation supplémentaire surtout quand je fais de l’éducation auprès du public.

Jay : C’est quoi le matos que t’as dans ton sac ? J’imagine que Monsieur a des préférences.

Stéphane : Je vais en décevoir plus d’un, mais depuis que j’ai émigré au Canada, mon entraînement et la mise au point de nouveaux modèles a été plutôt minime. Je ne lançais pas l’hiver (6 mois environ), donc la saison étant réduite, je me suis contenté quelquefois d’acheter des modèles de lanceurs amis, surtout les booms d’Éric Darnell, un grand ami de toujours ou de modifier les booms de LMI et FOX. J’ai surtout essayé d’être toujours à niveau mais les années ont passé et malgré mes incursions aux USA pour des tournois, le matos n’a pas suivi. Plusieurs m’ont déjà vu utiliser des booms de 15 ans d’âge dernièrement et c’est vrai que je lance ce que j’avais fabriqué quand j’ai quitté la France en 1990.

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Jay : Toi, Stéphane Marguerite, l’incarnation du boomerang, tu vas nous donner tes trucs pour modifier nos booms Stéphane Marguerite de Fox ? Allez allez … plus vite que çà ! …

Stéphane : Les modifications qui m’ont le plus aidé ont été de diminuer le bord de fuite de mon modèle et de le lester en bout de pale grossièrement avec des plombs. Je faisais 40 mètres, excellent pour le petit vent pour l’aussie-round. Sinon l’autre transformation est de percer des trous 3 à 4 mm sur la surface du boom, tout le long des pales, sans modifications du poids et du profil. Je m’en sers régulièrement pour l’aussie-round.

Jay : Tiens pour revenir au sujet qui fâche, tu as sûrement des idées sur notre activité et la manière dont çà peut évoluer ? T’as du voir des choses aux États-Unis sur les tournois, tu as des suggestions à nous faire ?

Stéphane : J’ai déjà mentionné plusieurs points au cours de plusieurs discussions avec des lanceurs français. C’est vrai qu’à popularité égale, les tournois américains ont toujours eu plus de vigueur et de rigueur que ceux d’ici. On peut être 15 lanceurs et le tournoi sera effectué en une journée. Les gens s’entraident beaucoup et chacun est discipliné. Ils ont aussi un esprit d’équipe plus développé qui fait que les querelles de clochers au niveau des clubs et des organisations ne sont pas légion. On n’hésite pas à jouer en équipes mélangées sur le terrain. Beaucoup moins d’individualisme et de gros nombril. Ils ont par contre développé des formats, comme le head to head, mais finalement, la relève n’existe pas et les vieux lanceurs sont toujours fidèles aux vieilles règles inventées il y a 35 ans. Cette discipline fait figure de parent pauvre dans le pays qui vénère les sports d’équipe au plus haut point.

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Malheureusement la pratique du boomerang au niveau mondial est enlisée dans ces épreuves australiennes et si on veux attirer des nouveaux et populariser un peu plus il va falloir remodeler de nombreuses choses. Il faut arrêter de miser absolument sur les jeunes, ma clientèle est âgée de 30 ans et plus. Améliorer les épreuves pour qu’elles soient faciles à mettre en place, les normaliser avec du matériel adapté si il le faut, ainsi que les rendre accessibles pour toutes les personnes. Développer un concept par équipe, genre ultimate frisbee (je travaille là-dessus).

Notre sport individuel intéresse peu de personnes car, il se résume à un simple gadget qu’on lance dans les airs et malgré les nombreuses ventes de boomerangs à travers la planète, comment peut-on expliquer le peu d’intérêt !

Je pense que le boomerang restera toujours discret car, il s’adresse à une infime partie de la population, au même titre que d’autres sports très techniques. Avec beaucoup de préjugés qui l’entoure il y a avant tout un gros travail d’éducation à réaliser.

Jay : Tu vois finalement t’as une langue, c’était pas si dur garçon. Avec un peu de bonne volonté, on y arrive…



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